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Nazca : quelle trace laisserions-nous dans 2 000 ans ?

Projet Culture
28 octobre 2026 par
EBAT asbl

Au milieu du désert péruvien, d’immenses figures tracées dans le sol depuis des siècles continuent de nous interroger. Les géoglyphes de Nazca fascinent par leur ampleur, leur mystère et leur capacité à traverser le temps.

Aujourd’hui, de nouvelles découvertes, rendues possibles grâce à l’intelligence artificielle, nous offrent un regard inédit sur ce patrimoine exceptionnel.

Et si cette histoire nous invitait aussi à réfléchir à notre propre trace ?

Dessiner dans le désert

Les géoglyphes de Nazca et de Palpa se trouvent dans le sud du Pérou, dans une région particulièrement aride. Réalisés par les sociétés préhispaniques qui se sont succédé pendant plusieurs siècles, certains de ces tracés remontent à plus de 2 000 ans. Les habitants de la région ont déplacé les pierres sombres recouvrant le sol pour faire apparaître la terre plus claire située en dessous, créant ainsi des centaines de figures.

On y retrouve des animaux, des silhouettes humaines, des plantes et des formes géométriques. Le climat extrêmement sec de cette région a permis leur conservation jusqu’à aujourd’hui. Leur fonction exacte reste cependant difficile à déterminer. Les chercheurs étudient notamment leurs liens possibles avec les déplacements, les pratiques cérémonielles et le paysage. Plutôt qu’une explication unique, Nazca nous laisse face à plusieurs hypothèses et à une part d’inconnu.

Géoglyphe, plateau de Nazca, Pérou
Crédit photo : Monika Neumann. 

Un choc de plus de 2000 ans

En 2024, une équipe de chercheurs de l’Université de Yamagata, en collaboration avec IBM Research, a utilisé l’intelligence artificielle pour analyser d’immenses quantités d’images géospatiales du désert. L’objectif n’était pas d’interpréter les géoglyphes, mais de repérer des formes susceptibles d’avoir échappé au regard humain.  Elle a permis d’identifier plus de 1 300 zones potentiellement intéressantes. Les archéologues sont ensuite retournés sur le terrain pour observer, vérifier et documenter ces traces.

En seulement six mois de prospection, 303 nouveaux géoglyphes figuratifs ont ainsi été documentés. Cette découverte illustre une rencontre étonnante entre passé et présent : une technologie contemporaine peut nous aider à retrouver les traces laissées par des humains il y a près de deux millénaires. Mais si l’IA peut nous indiquer où regarder, l’interprétation reste un travail de humain de recherche, de contextualisation et d’hypothèses.

Regarder une œuvre sans posséder sa réponse

Lorsque nous découvrons une œuvre, notre premier réflexe est souvent de chercher à comprendre ce qu’elle signifie. Nous voulons connaître l’intention de son auteur, son contexte et parfois même trouver la « bonne » interprétation.

Mais que se passe-t-il lorsque cette explication n’existe plus ?

Une création possède l’histoire de celui qui l’a réalisée, mais elle rencontre également celle de la personne qui la regarde. Nos souvenirs, notre culture et nos expériences influencent ce que nous remarquons et ce que nous ressentons.

À Nazca, près de deux mille ans séparent le geste de ceux qui ont déplacé les pierres du désert du regard que nous posons aujourd’hui sur leurs traces. Nous pouvons les observer, les étudier et formuler des hypothèses. Pourtant, une partie de leur histoire nous échappe encore. Et cette part d’inconnu n’empêche pas la rencontre. Elle peut même la rendre plus riche.

Géoglyphe, plateau de Nazca, Pérou
Crédit photo : Monika Neumann. 

« Une création possède l’histoire de celui qui l’a réalisée, mais elle rencontre également celle de la personne qui la regarde. »


Sources historiques et scientifiques : Unesco, Université de Yamagata, étude scientifique PNAS.
Crédit photo : Monika Neumann. 

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