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Médiation artistique et art-thérapie : quelles différences ?

2 septembre 2026 par
EBAT asbl

Peindre, modeler, écrire, photographier, danser, découper, coller… Dans de nombreux contextes, la création artistique est utilisée comme support d’expression, de rencontre ou d’accompagnement.

On parle alors parfois de médiation artistique, parfois d’art-thérapie. Les deux approches peuvent utiliser exactement les mêmes matériaux et proposer, en apparence, des expériences très proches. Pourtant, elles ne poursuivent pas nécessairement le même objectif et ne s’inscrivent pas dans le même cadre.

Alors, où se situe réellement la différence ?

La médiation artistique : créer pour ouvrir un espace d’expérience

La médiation artistique consiste à utiliser un médium artistique comme intermédiaire entre une personne, une expérience et éventuellement un groupe ou un accompagnant.

Le dessin, la peinture, le collage, l’argile, l’écriture, la photographie, le mouvement ou encore le son deviennent ainsi des moyens d’explorer, de ressentir, d’expérimenter et de communiquer autrement.

L’objectif n’est pas nécessairement thérapeutique.

Une médiation artistique peut être proposée dans des contextes très variés : une bibliothèque, un musée, une école, une association, une maison de quartier, un lieu culturel, un atelier collectif ou encore une structure sociale.

Par exemple, après la découverte d’une photographie de Robert Doisneau, un groupe pourrait être invité à choisir une scène de vie quotidienne qui l’interpelle, à observer ce qu’elle évoque, puis à créer un collage autour de la notion de rencontre.

La photographie devient alors un point de départ vers une expérience personnelle et créative.

Il n’est pas nécessaire de savoir dessiner ou de maîtriser une technique. Ce qui compte n’est pas la qualité esthétique de la production, mais l’expérience vécue à travers le processus créatif.

Et l’art-thérapie ?

L’art-thérapie utilise elle aussi le processus créatif et différentes médiations artistiques.

Mais elle les inscrit dans une démarche explicitement thérapeutique.

La création n’est donc pas seulement proposée pour découvrir, expérimenter ou favoriser l’expression. Elle prend place dans un cadre d’accompagnement défini, avec une intention thérapeutique et une attention portée au processus de la personne au fil des séances.

Selon l’approche de l’art-thérapeute, la création peut notamment permettre de travailler autour des émotions, de la représentation de soi, des ressources personnelles, d'une difficulté vécue ou d'un changement.

L’œuvre produite n’a pas besoin d’être « belle » et elle n’est pas davantage un test qu’il faudrait décoder.

L’art-thérapeute ne regarde pas un dessin en affirmant : « Vous avez utilisé du rouge, cela signifie donc que vous êtes en colère. »

Une couleur, une forme ou une image ne possède pas une signification psychologique universelle.

Ce qui importe davantage est la relation que la personne entretient avec sa création et avec son propre processus créatif : ce qu’elle choisit, transforme, évite, découvre, ressent ou souhaite mettre en mots.

La différence ne se trouve donc pas dans le matériel

C’est probablement le point essentiel.

Un pot de peinture ne devient pas thérapeutique lorsqu’il entre dans un cabinet.

Un collage peut être utilisé lors d’un atelier culturel, d’une animation scolaire, d’une activité de médiation artistique ou d’une séance d’art-thérapie.

De la même manière, l’argile peut servir à découvrir une matière, stimuler la créativité, favoriser une expérience sensorielle ou soutenir un travail thérapeutique.

Ce n’est donc pas le médium qui définit l’art-thérapie.

La différence se situe principalement dans l’intention, le cadre, la posture de l’accompagnant et la manière dont le processus créatif est utilisé.

Deux démarches proches, mais pas interchangeables

On pourrait résumer la distinction ainsi :

Médiation artistiqueArt-thérapie
Utilise un médium artistique comme intermédiaireUtilise également un ou plusieurs médiums artistiques
Peut avoir une visée culturelle, éducative, sociale, expressive ou de bien-êtreS’inscrit dans une démarche à visée thérapeutique
Peut être ponctuelleS'inscrit généralement dans un cadre d'accompagnement défini
Peut être proposée dans de nombreux lieux et contextesNécessite un cadre adapté à l'accompagnement thérapeutique
L’expérience créative constitue le cœur de la propositionLe processus créatif est intégré au travail thérapeutique
Ne suppose pas nécessairement une problématique à accompagnerS'organise autour des besoins et objectifs de la personne accompagnée

La frontière ne repose donc pas sur une technique particulière.

Elle repose sur ce que l’on fait de l’expérience créative.

Prenons un même exercice

Imaginons une proposition très simple :

« Choisissez des images dans plusieurs magazines et composez un collage représentant ce qui est important pour vous aujourd’hui. »

Dans un atelier de médiation artistique, cette proposition pourrait permettre aux participants d’explorer le collage, de faire des choix intuitifs, d'observer les associations qui apparaissent et éventuellement de partager leur création avec le groupe.

Dans un cadre d’art-thérapie, une proposition similaire pourrait être intégrée à un accompagnement plus large. L’art-thérapeute pourrait s’intéresser avec la personne à son processus de création : comment a-t-elle choisi ses images ? Qu’est-ce qui a été facile ou difficile ? Quelle place souhaite-t-elle donner à certains éléments ? Que représente cette création pour elle ?

Extérieurement, les deux ateliers pourraient sembler presque identiques.

Pourtant, le cadre et l’intention changent profondément la manière dont la création est accompagnée.

Et le loisir créatif dans tout cela ?

Il existe encore une autre distinction importante.

Participer à un atelier d’aquarelle, apprendre une technique de dessin ou réaliser un objet décoratif peut procurer du plaisir, de la détente, de la concentration et parfois même un profond sentiment de bien-être.

Ces bénéfices sont précieux.

Mais une activité qui fait du bien n’est pas automatiquement une médiation artistique, et encore moins une art-thérapie.

Dans un cours artistique, l’attention peut être portée sur l’apprentissage d'une technique ou sur le résultat obtenu.

Dans une médiation artistique, l’expérience vécue grâce au médium prend davantage de place.

Dans l’art-thérapie, cette expérience créative devient un élément du processus thérapeutique.

Pourquoi cette distinction est-elle importante ?

Parce que les mots créent des attentes.

Présenter un atelier créatif comme de l’art-thérapie implique une intention et un cadre qui dépassent le simple fait d'utiliser du matériel artistique.

À l’inverse, reconnaître la médiation artistique comme une démarche à part entière permet de ne pas la considérer comme une version « allégée » de l’art-thérapie.

Elle possède son propre intérêt.

Elle peut créer des passerelles entre culture, créativité, expression, expérience sensible et rencontre. Elle permet d’entrer en relation avec une œuvre, une matière, un lieu, une histoire ou une question autrement que par l’analyse intellectuelle.

C’est notamment cette approche que l’EBAT souhaite développer à travers ses projets de médiation artistique et son Projet Culture : découvrir, ressentir, créer puis partager.

Une question simple pour distinguer les deux

Lorsqu’une activité artistique est proposée, plutôt que de regarder uniquement ce que les participants vont fabriquer, il peut être intéressant de demander :

« Quelle est l’intention de cette proposition, et dans quel cadre est-elle accompagnée ? »

C’est souvent là que la distinction devient beaucoup plus claire.

La médiation artistique et l’art-thérapie partagent un territoire commun : celui de la création.

Mais elles n’y empruntent pas exactement le même chemin.

La médiation artistique ouvre un espace d’expérience à travers l’art et la création.

L’art-thérapie inscrit cette expérience créative dans une démarche thérapeutique structurée.

Et dans les deux cas, l’essentiel ne réside pas nécessairement dans l’objet créé, mais dans ce qui se passe pendant que l’on crée.

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Le collage en art-thérapie : assembler des images sans savoir dessiner